Un vent de souveraineté souffle sur la santé publique ouest-africaine. Réunis à Dakar du vendredi au dimanche, les ministres, experts et partenaires internationaux ont débattu d’un enjeu majeur : comment financer durablement et localement la vaccination en Afrique de l’Ouest. Ce Forum régional de haut niveau, organisé par Africa CDC, en partenariat avec le Gouvernement du Sénégal et Gavi, l’Alliance du Vaccin, a mis en lumière une volonté commune : libérer la région de sa dépendance vis-à-vis des financements extérieurs et renforcer la production locale de vaccins.
Vers une souveraineté sanitaire et financière
La question du financement de la santé a été au cœur des échanges. Diallo Assietou Fall, économiste de la santé et responsable de la cellule Économie de la Santé au ministère sénégalais de la Santé, a appelé à une mobilisation accrue des ressources domestiques :
« Il faudra une souveraineté tant au niveau sanitaire qu’au niveau du financement de la santé », a-t-elle plaidé, soulignant que la dépendance à l’aide internationale reste un frein à l’autonomie du continent.
Pour Mme Fall, cette souveraineté passe par une augmentation du budget national de la santé, conformément à l’engagement d’Abuja (15 % du budget national), mais aussi par une implication des collectivités territoriales, du secteur privé et de la diaspora. Elle a encouragé le recours à des mécanismes innovants tels que les partenariats public-privé (PPP), la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et le mécénat.
Elle a également évoqué une stratégie nationale en cours au Sénégal, axée sur le financement basé sur la performance et l’achat stratégique, afin d’assurer une meilleure efficience dans les dépenses publiques. À plus long terme, elle a fixé un horizon ambitieux :
« D’ici 2050, nous devons parvenir à une assurance maladie obligatoire pour tous, en commençant par l’intégration du secteur informel et la promotion des mutuelles de santé. »
Qualité, équité et production locale : les trois piliers du changement
Du côté d’Africa CDC, Dr Landry Dongmo Tsague, Directeur du Centre des Soins de Santé Primaire, a réaffirmé la volonté du continent de renforcer sa souveraineté sanitaire face à la baisse progressive des financements extérieurs.
« La question de la santé est multisectorielle. Nous devons conjuguer nos efforts entre ministères de la Santé, des Finances et des Affaires étrangères pour garantir la pérennité de la vaccination », a-t-il expliqué.
Le Dr Tsague a insisté sur la nécessité de renforcer la qualité des programmes de vaccination, notamment dans les zones fragiles ou en proie à l’insécurité. Selon lui, l’un des objectifs majeurs est de retrouver les enfants dits « zéro dose », c’est-à-dire ceux qui n’ont jamais reçu de vaccin.
Il a également plaidé pour l’implication accrue des communautés locales et des agents de santé communautaires, tout en rappelant que l’Afrique dépense chaque année plus de 240 milliards de dollars pour importer des produits médicaux.
« Ces ressources devraient être investies dans la production locale, la recherche et la création d’emplois qualifiés », a-t-il martelé.
Un engagement collectif pour ne laisser aucun enfant de côté
Le Forum de Dakar a débouché sur une déclaration ministérielle visant à accélérer les progrès vers une couverture vaccinale universelle, en misant sur la coopération régionale et la résilience financière. L’objectif affiché est clair : garantir qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte dans les programmes de vaccination.
Entre volonté politique, réformes structurelles et innovations financières, le rendez-vous de Dakar marque un tournant décisif pour la santé publique en Afrique de l’Ouest.
Le message est lancé : la souveraineté vaccinale ne sera pas un slogan, mais un impératif pour l’avenir.

