L’ancien ministre de la Justice, Me El Hadji Amadou Sall, a fait une sortie pour le moins explosive lors de l’émission « Face au Jury », abordant sans détour les sujets brûlants de l’heure. L’avocat et homme politique, connu pour ses prises de position tranchées, a livré une analyse sans concession sur les tensions politiques et judiciaires actuelles, tout en défendant vigoureusement l’ancien président Macky Sall, qu’il juge « hors d’atteinte ».
« Poursuivre Macky Sall est une erreur »
Interrogé sur les accusations de haute trahison visant l’ancien chef de l’État, Me Sall a été formel :
« Poursuivre Macky Sall est une erreur, il est hors de leur portée. »
L’ancien garde des Sceaux a tenu à rappeler que la notion de « haute trahison » ne saurait être invoquée sans faits juridiquement établis. Selon lui, « aucun acte concret ne permet aujourd’hui de l’incriminer ». Et d’ajouter :
« Me Abdoulaye Wade, malgré les injustices qu’il a subies, a choisi de passer l’éponge en arrivant au pouvoir. C’est cette grandeur d’esprit qui manque aujourd’hui. »
Des « dossiers chauds » et une justice qu’il juge politisée
Abordant le cas de Farba Ngom, maire des Agnam, et de l’homme d’affaires Tahirou Sarr, Me Amadou Sall a dénoncé une détention « abusive et injustifiée » :
« Ces deux hommes sont privés de liberté depuis plus de neuf mois sur la base d’accusations fragiles de collision frauduleuse ou de blanchiment supposé. »
Il a pointé du doigt le CENTIF, qu’il accuse de dérive institutionnelle :
« On a transformé la CENTIF, simple chambre administrative, en une machine répressive dotée de pouvoirs exorbitants. »
Madiambal Diagne, Karim Wade, Bibo Bourgi : les dessous d’une justice sélective
Concernant Madiambal Diagne, le journaliste et homme d’affaires, Me Sall a confirmé que ce dernier n’était qu’un « apporteur d’affaires » et que son interdiction de sortie du territoire relevait de « l’illégalité pure et simple ».
Sur le plan international, l’avocat s’est voulu serein :
« Même un mandat d’arrêt international ne me fait pas peur. Karim Wade et Bibo Bourgi ont connu ces excès avant que la vérité ne se rétablisse. »
Les violences politiques sous la loupe
Revenant sur les manifestations de 2021 à 2024, Me Sall a exigé que la lumière soit faite sur toutes les responsabilités, sans distinction :
« Il faut identifier ceux qui ont donné les ordres, mais aussi ceux qui ont appelé les jeunes au ‘Mortal Kombat’ ou au ‘Gatsa Gatsa’. »
L’avocat a insisté sur la nécessité de la vérité, au-delà des clivages partisans, estimant que « la justice ne doit pas être l’arme du pouvoir ».
Le dossier ASER et les révélations finales
Sur le dossier ASER, Me Amadou Sall a confirmé l’introduction de documents confidentiels dans le cadre du procès de Pape Mahawa Diouf, tout en promettant de « dire toute la vérité » lorsque le moment sera venu.
Macky Sall, entre mythe et immunité
En filigrane, c’est bien la figure de Macky Sall qui domine son discours : un homme que Me Sall décrit comme « juridiquement intouchable » et politiquement « protégé par l’histoire ». Pour l’ancien ministre, la justice sénégalaise s’enlise dans une logique de règlement de comptes au détriment de la stabilité nationale :
« Nous sommes dans une chasse aux sorcières qui ne dit pas son nom. Et pendant ce temps, le pays s’enfonce dans une impasse économique. »
Une chose est sûre : Me Amadou Sall a rouvert un débat explosif sur la responsabilité et l’immunité des anciens chefs d’État, tout en relançant la question de l’indépendance réelle de la justice au Sénégal.

