Depuis quelques semaines, les rues de Dakar vibrent à nouveau au rythme des rassemblements citoyens. La contestation sociale monte, et avec elle, le débat sur la liberté de manifester. Alors que des voix proches du pouvoir appellent à interdire les manifestations publiques, le défenseur des droits humains Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, tire la sonnette d’alarme :
« Les interdictions entraînent la défiance et la violence. »
Un climat social de plus en plus tendu
Depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko, la rue sénégalaise retrouve son souffle militant. Vendredi, le collectif Noo Lank a organisé un rassemblement contre la cherté de la vie, avant qu’une autre marche ne soit tenue samedi, reliant Liberté 6 au Jet d’eau, à Dakar.
Les manifestants, plusieurs centaines selon les observateurs, réclamaient notamment la libération de Farba Ngom, maire des Agnam, détenu depuis plusieurs mois dans le cadre d’une enquête financière. Certains slogans, jugés « provocateurs » par des partisans du régime, ont relancé la polémique sur la gestion des libertés publiques.
Des appels à interdire les rassemblements
Face à la multiplication des manifestations, des militants du pouvoir ont appelé les autorités à suspendre le droit de manifester, estimant que ces rassemblements dégénèrent souvent en tribunes politiques ou en affrontements.
Ces appels font écho à une crainte de déstabilisation, dans un contexte où le nouveau pouvoir tente de maintenir la cohésion nationale tout en gérant une situation économique difficile.
Seydi Gassama : « Le droit de manifester est un pilier démocratique »
Réagissant sur la plateforme X (ancien Twitter), Seydi Gassama a tenu à rappeler que la liberté de manifestation est un droit constitutionnel et un indicateur de la vitalité démocratique d’un pays.
« L’État doit continuer à autoriser et à encadrer les manifestations qui doivent être pacifiques. Les interdictions entraînent la défiance et la violence », a-t-il écrit.
Le défenseur des droits humains estime qu’interdire systématiquement les rassemblements risque d’aggraver la tension sociale et de rompre la confiance entre citoyens et institutions. Pour lui, la responsabilité de l’État est d’assurer la sécurité et l’ordre public sans museler la contestation pacifique.
Entre sécurité et liberté : un équilibre fragile
Le débat sur les manifestations met en lumière le dilemme récurrent des gouvernements africains entre la préservation de l’ordre public et le respect des libertés fondamentales.
Au Sénégal, ce sujet reste sensible, notamment après les violentes répressions de 2021 et 2023, qui ont coûté la vie à plusieurs manifestants.
Dans ce contexte, l’appel de Seydi Gassama sonne comme un avertissement : restreindre la liberté de manifester risquerait d’ouvrir une nouvelle ère de confrontation entre le pouvoir et la société civile.
En somme, la rue sénégalaise reste un espace de revendication et de liberté, mais aussi un thermomètre de la maturité démocratique du pays.

