Un scandale d’envergure secoue la ville sainte de Touba. Trois individus, dont Serigne Moustapha Mbacké, Serigne Fallou Faye et Mouhamed Marena, ont été arrêtés puis déférés devant la justice pour trafic de migrants et escroquerie portant sur plus de 80 millions de francs CFA. L’affaire, désormais entre les mains du juge du 3ᵉ cabinet d’instruction, met à nu un réseau bien organisé opérant sous couvert d’une fausse agence de voyages.
Une agence fictive au cœur du montage : Mountakha Voyage
Selon les éléments de l’enquête menée par la Division des investigations criminelles (DIC), Serigne Fallou Faye avait monté à Touba une structure baptisée Mountakha Voyage, censée faciliter l’obtention de visas pour l’Europe et les Amériques. Moyennant des sommes allant de plusieurs centaines de milliers à plusieurs millions de francs CFA, l’agence promettait à ses clients des départs rapides vers l’étranger.
Séduits par ces offres, plus de 50 candidats à l’émigration ont remis leurs économies à l’agence dans l’espoir d’un avenir meilleur. Mais leurs rêves se sont rapidement transformés en cauchemar : aucun voyage n’a jamais eu lieu, et les fonds encaissés ont disparu.
80 millions de francs CFA envolés
D’après les estimations des enquêteurs, le préjudice total dépasse les 80 millions F CFA. L’argent collecté aurait été partagé entre les trois mis en cause, qui auraient utilisé des arguments religieux et des relations d’influence pour rassurer leurs victimes.
Alertées par plusieurs plaintes, les forces de l’ordre ont fini par interpeller le trio, qui a été présenté au Pool judiciaire financier. Le dossier a ensuite été confié au juge d’instruction du 3ᵉ cabinet.
Deux mandats de dépôt, une liberté provisoire
À l’issue de leurs auditions, Serigne Moustapha Mbacké et Serigne Fallou Faye ont été placés sous mandat de dépôt, tandis que Mouhamed Marena a bénéficié d’une liberté provisoire. Tous trois sont poursuivis pour association de malfaiteurs, escroquerie et tentative de trafic de migrants.
Une affaire qui choque la cité religieuse
À Touba, cette affaire fait grand bruit. Dans une ville où la spiritualité et la solidarité sont des valeurs cardinales, l’utilisation du nom « Mountakha », symbole de respect et de foi, dans un montage frauduleux a provoqué l’indignation.
Pour de nombreux habitants, cette affaire illustre les dérives d’un marché parallèle des voyages clandestins, alimenté par le désespoir de jeunes à la recherche d’opportunités à l’étranger.
L’enquête suit son cours, mais déjà, la ville sainte de Touba tente de tourner la page de ce scandale qui ternit son image et relance le débat sur la lutte contre les réseaux de migration illégale.

