La récente interdiction des cérémonies sur la voie publique a jeté un voile de tristesse et d’inquiétude sur le monde des griots à Thiès. Ces piliers de la mémoire collective, garants des valeurs et des traditions, voient dans cette mesure administrative une menace directe à leur existence sociale et économique.
Un coup dur pour les gardiens de la tradition
Mariages, baptêmes, fêtes familiales… autant d’occasions où les griots pouvaient exercer leur art, transmettre des histoires et des proverbes, tout en gagnant leur vie honnêtement. Désormais, ces moments festifs risquent de disparaître ou de se réduire à des cérémonies confinées, loin des rues où la parole griotique faisait vibrer les foules.
« C’est le coup de grâce », lâche, amer, un griot rencontré à Thiès. « La rue, c’était notre scène, notre espace de transmission et de reconnaissance. Sans cela, beaucoup d’entre nous perdront non seulement leurs revenus, mais aussi le lien avec la communauté. »
Entre tradition et ordre public : une mesure qui divise
L’arrêté préfectoral, justifié par des impératifs de sécurité et de gestion de l’espace public, vise à limiter les encombrements et à garantir la fluidité de la circulation. Mais du côté des acteurs culturels, la mesure est perçue comme brutale et mal comprise, car elle n’a pas tenu compte du poids symbolique et économique de ces pratiques.
« On ne peut pas dissocier la culture du quotidien des Sénégalais », souligne un enseignant en culture populaire. « Interdire les cérémonies sur la voie publique sans concertation, c’est fragiliser des siècles de transmission orale et de cohésion sociale. »
Les griots appellent au dialogue
Face à cette situation, les griots de Thiès plaident pour un dialogue inclusif avec les autorités locales. Ils proposent la création d’espaces réservés ou la fixation d’horaires réglementés pour la tenue des cérémonies. Une manière, selon eux, de réconcilier tradition et sécurité publique, sans sacrifier l’identité culturelle du pays.
« Nous comprenons la nécessité de l’ordre public, mais il faut aussi protéger le patrimoine immatériel », insiste un autre griot.
Une profession menacée
Au-delà des enjeux économiques, cette interdiction soulève une question plus profonde : celle de la survie du métier de griot à l’ère de la modernité administrative. Dans une société en pleine mutation, où les traditions s’effritent sous le poids de la réglementation, les griots redoutent que leur voix ne s’éteigne peu à peu.
À Thiès, beaucoup craignent que cette mesure ne soit le début d’un déclin culturel, celui d’une parole ancestrale qui, depuis des générations, rythme la vie des familles sénégalaises.

