Le Sénégal affiche des chiffres spectaculaires dans le secteur industriel, mais derrière cette performance se cachent des déséquilibres inquiétants. Selon la Note sur les évolutions économiques récentes (NEER) publiée par l’ANSD pour le deuxième trimestre 2025, la production industrielle a bondi de 29,3 % par rapport à la même période de 2024, portée par la montée en puissance du secteur pétrolier, dont l’extraction a explosé de 101,3 %.
Cette envolée explique en grande partie la hausse de 26,5 % de la production industrielle au premier semestre 2025. Les secteurs de l’électricité, du gaz et de l’eau ont également bénéficié de l’entrée du pays dans l’ère des hydrocarbures, accentuant la dynamique globale.
Pourtant, cet optimisme apparent masque des fragilités structurelles. Hors activités extractives, la production industrielle ne progresse que de 2,5 % sur le semestre. Plus inquiétant, l’industrie manufacturière recule de 1,7 %, affectée par la contraction des secteurs chimique, minéral et agroalimentaire. Ce contraste met en lumière un déséquilibre persistant entre le secteur extractif, désormais moteur de la croissance, et le secteur productif, à l’arrêt ou en ralentissement.
Les économistes soulignent que le véritable défi pour le Sénégal est de transformer cette croissance pétrolière en développement industriel durable. Il s’agit notamment de renforcer la transformation locale des hydrocarbures, diversifier les activités manufacturières et favoriser l’intégration du pays dans les chaînes de valeur régionales et mondiales.
« La prospérité énergétique ne se traduira en richesse partagée et en emplois de qualité que si le Sénégal parvient à canaliser les revenus pétroliers vers l’investissement productif », note un expert économique basé à Dakar.
En somme, le pays est en mode turbo-pétrole, mais l’industrie manufacturière reste au point mort, rappelant que la véritable modernisation de l’économie sénégalaise passera par une stratégie industrielle équilibrée et inclusive.

