Dakar, 9 octobre 2025 – Le débat autour du Franc CFA refait surface dans l’espace public africain, entre critiques populistes et analyses économiques rigoureuses. Dans une tribune récente, le Pr Amath Ndiaye, économiste à la FASEG-UCAD, prend fermement position pour défendre la monnaie commune des pays de la zone franc, qualifiant certaines attaques de « piégées par la démagogie » et d’« intoxication de l’opinion publique ».
Selon lui, le CFA est avant tout un outil monétaire, et non une idéologie politique. « Les pays de la zone franc restent parmi les plus stables et les plus performants du continent », souligne-t-il, malgré des fragilités structurelles persistantes. Le Pr Ndiaye dénonce également les contradictions de certains souverainistes de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui continuent d’utiliser le CFA sans proposer d’alternative crédible. « Cette posture purement symbolique trahit l’absence d’un plan de transition réaliste », écrit-il.
Au Sénégal, le gouvernement adopte une approche pragmatique. « Il ne s’agit pas de rejeter le CFA par idéologie, mais de le réformer pour l’adapter aux défis de l’intégration africaine et de la souveraineté économique », insiste le professeur. Il plaide pour des réformes centrées sur la transparence, la gouvernance et l’efficacité, et appelle à recentrer le débat sur les enjeux économiques plutôt que politiques.
Pour le Pr Ndiaye, pointer du doigt le CFA comme bouc émissaire est erroné : corruption, mauvaise gouvernance et structures économiques fragiles sont les véritables causes des difficultés africaines. « Aucune monnaie, fût-elle souveraine, ne prospérera dans un environnement où les finances publiques sont fragiles et la productivité faible », avertit-il.
Les faits plaident en faveur du CFA : les pays de la zone enregistrent des taux de croissance élevés, une inflation maîtrisée et une stabilité macroéconomique. L’UEMOA se distingue par une monnaie unique stable, un marché financier régional intégré (UMOA-Titres, BRVM) et une banque centrale supranationale indépendante (BCEAO), attirant investisseurs et facilitant le commerce intra-régional.
À titre de comparaison, le Pr Ndiaye souligne que le Cap-Vert et la Côte d’Ivoire, bénéficiant d’un taux de change fixe avec l’euro, affichent des revenus par tête parmi les plus élevés de la CEDEAO. À l’inverse, des pays comme le Nigéria et le Ghana, malgré leur souveraineté monétaire, connaissent des dévaluations et une inflation chronique. « La solidité d’une monnaie dépend avant tout de la qualité de la gouvernance économique », conclut-il.
Pour le professeur, le débat sur le CFA doit être dépolitisé et recentré sur l’économie réelle. Prioriser l’industrialisation, l’agriculture, la gouvernance et l’épargne intérieure permettra à la monnaie, quelle qu’elle soit, de devenir un véritable outil de souveraineté économique, et non un simple slogan politique.

