Le ton est sans détour. Le directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), Fadilou Keïta, a déclaré mercredi que l’ancien président Macky Sall devra répondre devant la justice pour sa responsabilité présumée dans le dossier Arcelor Mittal, une affaire minière vieille de plus d’une décennie, mais toujours brûlante dans le débat public.
« Macky Sall sera poursuivi pour haute trahison dans le dossier Arcelor Mittal, dans lequel il est mouillé et sa responsabilité est totalement engagée », a lancé le responsable de Pastef en marge du procès — finalement renvoyé — des militants du parti jugés pour propos outrageants envers l’ex-chef de l’État.
Pour Fadilou Keïta, le moment est venu pour l’ancien président d’« assumer ses actes ». « S’il dit qu’il assume son passif, qu’il revienne au Sénégal et qu’il fasse face à la justice », a-t-il ajouté, mettant ainsi la pression sur Macky Sall, actuellement en retrait de la scène politique nationale.
Le dossier Arcelor Mittal, qui oppose depuis des années le Sénégal à la multinationale sidérurgique, reste un symbole de controverse et de soupçons de compromission. L’affaire, récemment rouverte par la justice sénégalaise, implique plusieurs anciens dignitaires de l’État, dont Aly Ngouille Ndiaye et Birima Mangara, déjà entendus par les enquêteurs.
Au cœur du scandale : un accord secret conclu en 2014 entre l’État et Arcelor Mittal. Alors que le préjudice subi par le Sénégal était évalué à plus de 2 000 milliards de F CFA, le pays n’aurait finalement perçu qu’environ 100 milliards F CFA dans le cadre d’un arrangement confidentiel. Selon des documents d’époque, Birima Mangara aurait demandé le retrait d’une procédure judiciaire contre Mittal — une démarche qui, selon plusieurs juristes, relevait exclusivement des prérogatives de l’Agent judiciaire de l’État, tenu à l’écart du compromis.
Pour Fadilou Keïta, cette décision unilatérale a constitué un préjudice grave pour la nation et engage directement la responsabilité du président de l’époque. « Le peuple sénégalais ne peut pas continuer à subir les conséquences d’accords opaques passés dans le dos de l’État », a-t-il martelé.
Ces déclarations ravivent les tensions politiques autour de la reddition des comptes et la gestion des ressources naturelles du pays. Alors que le gouvernement actuel promet la transparence totale dans les dossiers économiques du passé, le nom de Macky Sall revient de plus en plus dans les débats publics, entre accusations politiques et exigences de justice.
Le dossier Arcelor Mittal, jadis enfoui sous les compromis diplomatiques et les secrets d’État, s’impose désormais comme un test majeur de la volonté du Sénégal de solder les comptes de son histoire économique récente.

