Pikine-Guédiawaye – Dans les rues animées de Pikine, le nom de Bassine D. circule avec un mélange de curiosité et de compassion. Technicienne de surface à « Hygiène Plus », elle avait été réaffectée du prestigieux Palais de la République à l’hôpital Fann. Et c’est là, disent certains voisins, que son ressentiment a trouvé un écho qui allait la mener devant le tribunal.
Le 10 septembre, Bassine D. et Ousmane D., un assistant infirmier surnommé « docteur » dans le quartier, ont été placés sous mandat de dépôt pour faux et usage de faux documents administratifs. L’affaire semblait simple : Bassine avait présenté des certificats médicaux pour justifier ses absences, moyennant 1 000 F CFA, délivrés par Ousmane D. Mais derrière les faits, se dessine une réalité sociale plus complexe.
À l’audience, Bassine D. a raconté sa version avec émotion. « J’étais malade, je ne pouvais pas travailler », a-t-elle déclaré. Les conditions de travail à « Hygiène Plus » sont dures : des salaires de 50 000 à 70 000 F CFA, sans protection sociale, des horaires exigeants, et peu de considération pour les employés. Pour elle, ses absences n’étaient pas un acte de fraude mais un cri de fatigue et de frustration face à des injustices quotidiennes.
L’avocat de l’entreprise, lui, voit les choses autrement. Selon lui, Bassine D. agissait par vengeance après sa rétrogradation, et ses certificats relevaient d’une volonté délibérée de nuire. Ousmane D., quant à lui, a reconnu avoir fourni les documents, évoquant son expérience de dix ans dans les hôpitaux et affirmant qu’il ignorait ne pas pouvoir prescrire. Mais le procureur n’a pas accepté cette défense : « Ce n’est pas un jeu », a-t-il rappelé avec fermeté, soulignant la gravité de l’usurpation de fonction et de l’exercice illégal de la médecine.
Après délibération, le tribunal a rendu un verdict contrasté : Bassine D. a été relaxée au bénéfice du doute, tandis qu’Ousmane D. a écopé d’un mois de prison avec sursis. Pour le quartier, c’est une victoire symbolique pour Bassine, mais une mise en garde pour ceux qui franchissent les limites de la loi.
Dans ce microcosme de Pikine, cette affaire illustre plus largement les tensions entre hiérarchie et précarité, entre révolte individuelle et cadre légal. Entre fatigue au travail et justice pénale, Bassine D. sort du tribunal libre… mais avec une histoire qui continuera de résonner dans les couloirs du Palais et dans les rues de son quartier.

