Le Sénégal affiche de grandes ambitions pour 2026. Selon le Projet de Loi de Finances (PLF) dévoilé par le ministère des Finances, l’État table sur une hausse de 34 % des recettes fiscales, portée par un meilleur recouvrement des impôts sur les salaires, les pensions et les redevances. Cette dynamique marque un tournant dans la stratégie budgétaire nationale, alors que le gouvernement veut accroître les ressources internes pour réduire la dépendance à la dette extérieure.
Une explosion de l’impôt sur les salaires
Le principal levier de cette stratégie repose sur l’Impôt sur les Traitements, Salaires, Pensions et Rentes Viagères (ITSP), qui connaît une progression spectaculaire de 33,97 %.
Les prévisions passent ainsi de 718,16 milliards FCFA en 2025 à 962,11 milliards FCFA en 2026.
D’après le gouvernement, cette hausse repose sur deux axes :
- L’élargissement du portefeuille de contribuables, avec une meilleure déclaration des salariés et retraités ;
- Le renforcement de la conformité fiscale, grâce à une digitalisation accrue et à un contrôle renforcé des retenues à la source.
En clair, le Sénégal entend s’appuyer sur la masse salariale formelle pour accroître ses recettes, dans un contexte où le pays cherche à financer des politiques sociales et des projets d’infrastructures ambitieux.
Des retenues et contributions en nette progression
Outre l’impôt sur les salaires, plusieurs autres postes fiscaux sont appelés à progresser :
- Retenues à la source (CCAP) : projetées à 76,82 milliards FCFA contre 57,30 milliards FCFA en 2025. Cette hausse de près de 20 milliards s’explique notamment par l’intégration des revenus du secteur pétrolier.
- Contribution Forfaitaire à la Charge de l’Employeur (CFCE) : fixée à 55,76 milliards FCFA, contre 53 milliards FCFA un an plus tôt. Cette taxe de 3 % sur les salaires devrait profiter d’une meilleure collecte et d’un rapatriement plus efficace.
- Retenues sur redevances (7123) : en forte hausse, à 120,08 milliards FCFA, soit +33,96 %.
- Retenues sur sommes versées à des tiers (7124) : elles atteignent 41,82 milliards FCFA en 2026, contre 31,22 milliards FCFA en 2025, traduisant une meilleure maîtrise de la fiscalité sur les prestations de services.
Un pari sur la transparence et la performance
Le gouvernement justifie ce boom fiscal par une volonté d’améliorer la gouvernance financière et de mobiliser davantage de ressources internes, sans recourir à de nouveaux impôts. L’effort repose donc sur la lutte contre l’évasion fiscale, la modernisation des outils de recouvrement et une plus grande responsabilisation des employeurs publics et privés.
Pour les autorités, cette stratégie est aussi un signal envoyé aux partenaires internationaux, notamment au FMI et à la Banque mondiale, qui encouragent une meilleure gestion des recettes domestiques.
Des défis à relever
Si la trajectoire ambitieuse de 2026 séduit sur le papier, plusieurs économistes appellent à la prudence. Le pari de la conformité suppose une capacité administrative renforcée et une lutte efficace contre le travail informel, qui concerne encore une large partie de la population active.
« Le Sénégal peut réussir ce boom fiscal, mais cela dépendra de la rigueur dans la collecte, de la transparence dans l’utilisation des fonds et de la confiance entre l’État et les contribuables », estime un expert fiscaliste joint par Les Échos.
En misant sur un bond inédit des recettes fiscales, le Sénégal espère se donner les moyens de financer ses réformes sociales et économiques sans alourdir sa dette.
Reste à savoir si ce pari de la discipline budgétaire se traduira, en 2026, par une véritable révolution fiscale maîtrisée.

