L’ancien député et président du mouvement AGIR-LES LEADERS accuse le gouvernement d’avoir fragilisé la confiance économique du Sénégal en privilégiant la communication politique au détriment de la cohérence financière.
DAKAR — Dans une analyse au vitriol publiée ce week-end, Thierno Bocoum, président du mouvement AGIR-LES LEADERS, tire la sonnette d’alarme sur l’état de l’économie sénégalaise, qu’il estime « étouffée par la rhétorique populiste ». Selon lui, la gestion politique du discours économique par le gouvernement a profondément entamé la crédibilité du pays sur les marchés et compromis les marges de manœuvre financières du Sénégal.
Entre discours nationaliste et réalités financières
Tout est parti du Plan de Redressement Économique et Social présenté le 1er août 2025 par le Premier ministre, qui avait déclaré que le Sénégal « n’attend rien quasiment de personne sinon du peuple sénégalais », promettant un recours au Fonds monétaire international (FMI) uniquement « en dernier ressort ».
Mais, à peine deux mois plus tard, le 3 octobre, la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, confirmait officiellement que le Sénégal avait bien déposé une demande de nouveau programme d’appui. Une contradiction qui, selon Thierno Bocoum, illustre le décalage entre la communication politique et la réalité économique.
« On ne peut pas prétendre refuser l’aide extérieure tout en sollicitant, en coulisses, un appui du FMI. Cette incohérence a détruit la confiance des partenaires et déstabilisé les marchés », déplore l’opposant.
La dette cachée, un choc de confiance
L’ancien parlementaire revient également sur la révélation, jugée “brutale”, d’une dette cachée estimée à 7 milliards de dollars. Si cette pratique n’est pas en soi inédite — il cite notamment la France (35 milliards d’euros repris de la SNCF) ou l’Afrique du Sud (13 milliards d’Eskom) —, c’est selon lui la manière politique et désordonnée de la divulgation qui a provoqué la panique.
« Le problème n’est pas l’existence de ces dettes, mais la façon brutale et théâtrale dont elles ont été présentées au public », écrit-il.
Pour Thierno Bocoum, cette communication a eu pour conséquence immédiate une rupture de confiance des marchés financiers, entraînant le gel de plusieurs financements concessionnels et une hausse vertigineuse des taux d’intérêt sur le marché régional de l’UEMOA.
Une économie “avec le genou sur la gorge”
Selon le président d’AGIR-LES LEADERS, cette spirale de méfiance a plongé le Sénégal dans une situation d’asphyxie économique. Les investissements privés se raréfient, les marges budgétaires se resserrent, et la croissance, autrefois moteur du Plan Sénégal Émergent, ralentit dangereusement.
« Le Sénégal paie aujourd’hui le prix de cette erreur, avec le genou sur la gorge et une économie asphyxiée », assène-t-il, pointant la responsabilité d’un discours économique trop empreint de populisme et de déni de réalité.
Appel à une gestion plus crédible
Thierno Bocoum plaide enfin pour un retour à une gouvernance économique rigoureuse et crédible, fondée sur la transparence, la vérité des chiffres et la responsabilité politique.
« L’économie n’a pas besoin de slogans, mais de cohérence et de confiance », conclut-il, appelant le gouvernement à renouer avec la rationalité financière et à reconstruire les ponts avec les bailleurs internationaux.
Dans un contexte où le pays fait face à la double pression d’une inflation persistante et d’un endettement croissant, cette sortie de l’opposant libéral met en lumière une tension grandissante entre communication politique et gestion économique au sommet de l’État.

