Alors que la polémique enfle autour de la fuite du journaliste Madiambal Diagne, le limogeage des responsables sécuritaires de l’aéroport et de la Dic suscite débats et analyses.
DAKAR — L’affaire de la fuite spectaculaire de Madiambal Diagne, journaliste sous interdiction de sortie du territoire, continue de secouer le paysage médiatique et sécuritaire sénégalais. En réaction, le nouveau ministre de l’Intérieur, Bamba Cissé, a pris la décision radicale de relever de leurs fonctions les chefs de la Division des investigations criminelles (Dic) et du commissariat spécial de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd).
Si cette décision a été applaudie par certains pour son côté ferme, elle est jugée un peu précipitée par d’autres observateurs, dont le commissaire à la retraite Boubacar Sadio, invité sur le plateau de l’émission Objection ce dimanche sur Sud FM.
Une décision hâtive selon Sadio
Pour l’ancien directeur de la Sécurité publique, le limogeage immédiat pourrait relever d’une mesure conservatoire, mais il estime que d’autres options auraient pu être envisagées.
« Si le chef de la brigade de l’aéroport a reçu les instructions telles que précisées dans le communiqué du ministre de l’Intérieur, il aurait dû prendre les mesures nécessaires pour ne pas laisser Madiambal aller dans la nature. On aurait pu le relâcher, mais faire une filature. Leur limogeage est peut-être une mesure conservatoire, le temps de faire une enquête. Mais on aurait dû attendre un peu », explique-t-il.
Le commissaire Sadio ajoute cependant que la réhabilitation des responsables limogés reste possible, si l’enquête conclut à leur absence de responsabilité dans cette évasion.
« S’il arrive que l’enquête détermine qu’ils n’ont aucune responsabilité sur ce qui s’est passé, il faudra les réhabiliter », précise-t-il.
Une sécurité aux frontières encore fragile
Au-delà de l’affaire Madiambal, le commissaire de police met en lumière les fragilités du maillage sécuritaire sénégalais.
« Nos frontières sont un peu poreuses. Il y a des points de passage officiels où le travail se fait correctement, mais également des points non officiels, des chemins vicinaux reliant certains hameaux au Sénégal et à la Gambie », souligne-t-il.
Selon Sadio, un renforcement des dispositifs de contrôle et un maillage plus serré sont nécessaires pour limiter les échappatoires. Il plaide pour un rapprochement des postes de contrôle et l’adoption d’outils de surveillance plus adaptés, afin d’assurer une sécurité efficace sur tout le territoire.
Vers une enquête transparente
Cette affaire, qui fait les choux gras de la presse depuis plusieurs jours, illustre les défis persistants de la sécurité intérieure face aux personnalités et aux situations sensibles. Le limogeage des responsables de la Dic et de l’Aibd pourrait donc être une mesure provisoire, laissant toute la place à une enquête approfondie et transparente pour déterminer les responsabilités et renforcer la confiance des citoyens dans le dispositif sécuritaire national.
La balle est désormais dans le camp des autorités, qui devront concilier fermeté, rigueur et transparence, afin que ce dossier sensible ne devienne pas un symbole d’impunité ou de faiblesse institutionnelle.

