Alors que le président Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko fêtent bientôt un an et demi au pouvoir, Pastef se retrouve dans une situation politique exceptionnellement confortable. Vendredi dernier, une marche a été organisée pour rappeler à l’ordre le gouvernement, mais l’événement n’a pas eu l’ampleur d’un véritable rassemblement de l’opposition et de la société civile.
Une opposition sans figures de proue
Aujourd’hui, aucune figure politique majeure n’est capable de rivaliser avec Pastef. Des responsables de second plan comme Thierno Alassane Sall et Thierno Bocoum tentent d’occuper la scène laissée vide, tout comme des acteurs de l’ancien régime tels que Pape Malick Ndour, Moustapha Diakhaté ou Madiambal Diagne. Mais leur influence reste marginale face à Pastef, quasi seul à dérouler son agenda politique.
Cette situation est le résultat d’un long processus amorcé sous le mandat de Macky Sall. Contrairement à Diomaye et Sonko, l’ancien président avait dû faire face à une opposition structurée, avec des figures comme Idrissa Seck, Karim Wade ou Khalifa Sall, capables de lui tenir tête. Pour neutraliser ces menaces, Macky Sall avait utilisé la justice et la stratégie politique pour réduire l’opposition à sa plus simple expression, envoyant Khalifa Sall en prison et provoquant l’exil de Karim Wade. Idrissa Seck, arrivé deuxième à la présidentielle de 2019, avait choisi de rejoindre le pouvoir, vidant ainsi l’opposition de ses forces.
Des outsiders insuffisants
Lorsque Pastef triomphe en mars 2024, les figures historiques de l’opposition ont disparu ou sont affaiblies. L’APR et Taxawu Sénégal, censés constituer des forces alternatives, apparaissent comme des navires sans capitaine, leurs principaux responsables étant invisibles. À côté de ces « dinosaures » de la politique, de nouvelles figures comme Bougane Guèye Dani ont tenté de se positionner face à Sonko, mais sans succès, se retirant progressivement des médias.
Barthélemy Dias conserve quelques atouts, mais sa perte de la mairie de Dakar et l’absence d’un appareil politique solide limitent considérablement son influence. En somme, l’opposition sénégalaise est en sommeil, ses coalitions successives ayant échoué, et les activistes de la société civile apparaissent trop isolés pour bousculer le régime en place.
Une opportunité à saisir
Pour Pastef, cette absence de concurrence constitue une chance historique. Diomaye et Sonko disposent d’un boulevard politique rare pour consolider leur pouvoir et mettre en œuvre leur programme avant que l’opposition ne se réveille. Dans ce contexte, la stabilité du pouvoir en place semble assurée, au moins jusqu’à l’émergence de nouvelles forces capables de rivaliser sur le terrain politique.

