Le débat autour de la « dette cachée » du Sénégal continue d’alimenter les discussions politiques et économiques. Interrogé par L’Observateur, Thierno Alassane Sall, président du parti République des Valeurs et ancien ministre de l’Énergie, a pris position sur la polémique née des récentes déclarations du Fonds monétaire international (FMI). Pour lui, il est temps que le Sénégal cesse de confier à des institutions étrangères l’évaluation de sa gouvernance financière.
Le FMI, pas un arbitre des comptes sénégalais
Thierno Alassane Sall a d’abord dénoncé la « tendance » à ériger le FMI en juge ultime des finances publiques nationales. « Nous avons nos propres institutions de contrôle, qui devraient être en première ligne », a-t-il affirmé, pointant du doigt les insuffisances structurelles de la Cour des comptes.
Selon lui, il est paradoxal que cette institution reconnaisse aujourd’hui l’existence d’une dette cachée après avoir validé les comptes de l’État pendant des années sans réserve majeure.
Des institutions nationales en question
Pour l’ancien ministre, le véritable problème ne réside pas dans la révélation du FMI, mais dans la faillite des mécanismes internes de contrôle et de transparence.
« Si la Cour des comptes et le Parlement exerçaient pleinement leurs prérogatives, nul besoin de recourir au FMI ou à des cabinets étrangers pour évaluer la gestion des finances publiques », a-t-il souligné. Il appelle à un renforcement institutionnel afin que la souveraineté budgétaire et la reddition des comptes s’exercent sur la base de compétences nationales.
Un appui prudent à Macky Sall
Interrogé sur les audits lancés par l’ancien président Macky Sall à la fin de son mandat, Thierno Alassane Sall estime la démarche légitime, tout en insistant sur le respect du principe du contradictoire.
« Les audits sont nécessaires, mais ils doivent être menés dans la transparence et permettre aux personnes concernées, y compris l’ancien chef de l’État et ses ministres, de présenter leurs arguments », a-t-il précisé.
En prenant ainsi la défense du principe d’audit prôné par Macky Sall, Thierno Alassane Sall rejoint, sur le fond, l’ancien président qu’il avait pourtant souvent critiqué sur la gouvernance. Une position qui illustre à la fois son attachement à la rigueur institutionnelle et sa méfiance envers la tutelle financière internationale.
Vers une refondation du contrôle public ?
Au-delà du débat conjoncturel, Thierno Alassane Sall plaide pour une refondation du système de contrôle et d’audit public au Sénégal. Pour lui, seule une Cour des comptes indépendante, dotée de moyens et de compétences suffisants, peut restaurer la confiance des citoyens dans la gestion des ressources publiques.
Dans un contexte marqué par les interrogations sur la transparence des finances de l’État, son appel résonne comme une invitation à reprendre en main la souveraineté économique du pays, sans dépendre du regard des bailleurs de fonds étrangers.

