Dakar, 20 octobre 2025 – Le secteur bancaire sénégalais traverse une zone de turbulence alarmante. Lors des assises des entreprises organisées par le Conseil national du patronat (CNP), le directeur général d’Ecobank Sénégal, Sahid Yallou, a révélé une statistique inquiétante : les banques locales cumulent près de 800 milliards de francs CFA de créances douteuses.
Intervenant devant un parterre d’entrepreneurs et d’acteurs économiques, M. Yallou a expliqué que tout crédit non remboursé au-delà de 90 jours est automatiquement considéré comme douteux, un seuil de risque qu’il qualifie « d’énorme ». « Autrement dit, sur 100 francs prêtés, 10 sont compromis », a-t-il illustré, mettant en lumière l’ampleur du problème.
Cette montagne de dettes impayées explique, selon le patron d’Ecobank, la réticence des banques à financer de nouveaux projets, notamment ceux des petites et moyennes entreprises. La lenteur des décaissements accentue également le problème : « Certains crédits sollicités l’année dernière ne sont décaissés que cette année », a-t-il précisé, dénonçant un processus encore trop bureaucratique.
Sahid Yallou pointe aussi une asymétrie d’information persistante entre prêteurs et emprunteurs, un facteur qui fragilise la confiance et freine l’investissement. « Près de 90 % des investissements au Sénégal sont financés par les banques. Le remboursement doit être adossé à la capacité réelle de génération de trésorerie des entreprises », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité d’un encadrement plus rigoureux et transparent.
Face à cette situation, le message est clair : tant que les banques resteront exposées à un volume si élevé de créances douteuses, elles continueront de privilégier les projets à faible risque, souvent ceux portés par les plus grandes entreprises ou les particuliers aisés. Pour les PME et start-ups, accéder au financement bancaire demeure un parcours semé d’obstacles, où la prudence du système financier tranche avec l’ambition entrepreneuriale du pays.
