Dakar, Palais de la République — Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a reçu ce jeudi 16 octobre le Livre blanc sur le massacre de Thiaroye (1944), un document majeur qui ambitionne de rétablir la vérité historique sur l’un des drames les plus marquants de la mémoire collective sénégalaise. La cérémonie, tenue dans la salle des banquets du Palais, a réuni le gouvernement, de hauts gradés des forces armées, ainsi que des diplomates accrédités à Dakar.
Pour le chef de l’État, la remise de ce document marque « une étape décisive dans la réhabilitation de la vérité historique », près de 81 ans après la tragédie qui vit des centaines de tirailleurs sénégalais abattus par l’armée coloniale française pour avoir réclamé leurs soldes impayées.
Un acte de vérité et de souveraineté mémorielle
Dans son allocution, le président Faye a souligné la portée symbolique de l’événement :
« La cérémonie qui nous réunit aujourd’hui ne célèbre pas un souvenir : elle consacre un acte de vérité. (…) Elle symbolise la volonté d’un État qui interroge son passé, éclaire sa mémoire et revendique, par la connaissance, le droit imprescriptible à la justice et à la dignité humaine. »
Le Livre blanc est le fruit d’un travail de recherche pluridisciplinaire mené par un comité d’experts, d’historiens et d’archivistes sénégalais. Il rassemble des sources inédites issues d’archives nationales et françaises, pour offrir une lecture documentée et endogène de cet épisode longtemps controversé.
« Un récit construit par nous et pour nous »
Le président Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la portée identitaire et politique de cette initiative :
« Ce document représente bien plus qu’un simple rapport. C’est un récit construit par nous et pour nous-mêmes, fondé sur des faits tangibles, puisés dans les archives que nous détenons ici et en France. »
Il a également rappelé que cette démarche s’inscrivait dans une reconquête de la souveraineté intellectuelle :
« Ce récit est le résultat d’un refus : celui de ne pas accepter que notre histoire nous soit enseignée par d’autres sources que les nôtres. Nous le devons à la jeunesse africaine. »
Vers une réappropriation de l’histoire nationale
Le professeur Mamadou Diouf, président du comité de réflexion sur le massacre de Thiaroye, a salué ce travail comme « une reprise du droit de narrer notre propre histoire, hors du soliloque impérial ». Il a plaidé pour que cette version sénégalaise du récit historique soit intégrée dans les programmes scolaires et universitaires, afin de nourrir la conscience nationale et panafricaine.
Une mémoire nationale réhabilitée
La remise du Livre blanc s’inscrit dans la continuité des engagements du président Bassirou Diomaye Faye en faveur de la justice mémorielle et de la réconciliation historique. Elle consacre, selon plusieurs observateurs, un tournant majeur dans la politique de mémoire du Sénégal, où l’histoire coloniale et les luttes africaines pour la dignité trouvent enfin une parole nationale assumée.

