La récente dégradation de la note souveraine du Sénégal par l’agence de notation Moody’s a provoqué une onde de choc dans le secteur privé, au Sénégal comme sur le continent africain. Pour de nombreux patrons, cette décision reflète une lecture biaisée de l’économie sénégalaise et menace la dynamique de confiance restaurée auprès des investisseurs.
Des voix influentes du patronat dénoncent une décision injustifiée
Abdou Cissé, président des actuaires au sein de la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africain (Fanaf), dénonce ce qu’il qualifie d’« acharnement » : « L’agence a baissé la note en février après la révélation de la dette cachée. Mais maintenant, rien n’a changé fondamentalement, alors pourquoi ? », s’interroge-t-il.
Même ton chez Pierre Goudiaby Atepa, président du Club des Investisseurs Sénégalais (CIS) et ancien président de la BRVM, qui estime que cette dégradation additionnelle révèle l’incapacité des agences internationales à comprendre les contextes africains. Selon lui, Moody’s aurait surtout interprété de manière biaisée la capacité des nouvelles autorités à redresser l’économie.
Des conséquences immédiates et à moyen terme
Si Atepa nuance l’impact immédiat pour les entreprises empruntant en monnaie locale, d’autres alertent sur des répercussions plus concrètes à moyen terme. Omar Cissé, patron d’Intouch, note que « les taux d’intérêt pourraient augmenter, rendant les emprunts plus difficiles ».
Pour les entreprises dépendant du crédit export et des financements internationaux, les effets se font déjà sentir. Alla Sène Gaye précise : « Certains assureurs refusent désormais de couvrir les banques souhaitant financer des acteurs sénégalais ». Cette révision à la hausse du risque crédit touche particulièrement les entreprises dans les PPP, notamment dans l’énergie et le BTP.
Une inquiétude accrue face aux mesures fiscales
Au-delà de la notation, le secteur privé craint les hausses d’impôts annoncées par l’État. Un bailleur de fonds explique : « On parle beaucoup de la dette extérieure, mais la dette intérieure, ce sont les entreprises qui sont au bord de la faillite. D’un côté, l’État ne paie pas ses factures ; de l’autre, il augmente les impôts. C’est la double peine. »
Vers une autonomie financière africaine ?
Pour faire face à ce contexte, Pierre Goudiaby Atepa préconise une double approche : investir dans la formation et renforcer le contrôle budgétaire pour augmenter les revenus fiscaux, tout en encourageant les pays africains à obtenir des notations dans leurs propres monnaies. Selon lui, ces instruments pourraient devenir des références fiables pour les investisseurs et réduire la dépendance aux agences internationales.
Le sujet sera d’ailleurs au cœur des Assises de l’entreprise, organisées par le Conseil national du patronat du Sénégal (CNP), les 16 et 17 octobre à Dakar, où les acteurs du secteur privé espèrent faire entendre leur voix face aux enjeux économiques et financiers du pays.

