Entre routes impraticables, classes inondées et mobilisation communautaire, la reprise des cours à Sédhiou se déroule sous le signe de la résilience.
SÉDHIU – En cette période d’hivernage, les élèves de la région de Sédhiou, en Basse Casamance, reprennent le chemin de l’école dans des conditions loin d’être idéales. À quelques jours de la rentrée officielle, prévue le 8 octobre pour les élèves, la pluie continue de s’inviter dans le quotidien des établissements scolaires, mettant à rude épreuve la logistique, la sécurité et même la motivation des acteurs du système éducatif.
Des défis climatiques et structurels persistants
Chaque année, l’hivernage transforme la rentrée scolaire en véritable parcours du combattant dans cette région à forte pluviométrie. Routes boueuses, pistes inondées et villages enclavés : le déplacement des élèves et des enseignants devient un casse-tête.
« Certains établissements ne voient pas leurs enseignants avant la deuxième semaine, le temps que les eaux se retirent », confie un inspecteur de l’éducation de Sédhiou. Résultat : une faible effectivité de la reprise et des absences répétées dès les premiers jours de cours.
Sur le plan sanitaire, la situation n’est pas plus rassurante. L’humidité et la stagnation des eaux favorisent la prolifération des moustiques, entraînant une recrudescence du paludisme, principale cause d’absentéisme scolaire. Dans ces conditions, le simple transport de matériel scolaire – tables-bancs, livres, fournitures – devient un défi logistique majeur.
Des abris provisoires sous la menace des intempéries
Autre problème chronique : la dépendance à des abris provisoires. Dans plusieurs localités, de nombreuses classes sont encore logées dans des baraques en matériaux légers, souvent fragiles et non étanches. Les toitures en tôle mal fixées ou les murs en banco cèdent parfois sous la force du vent ou la pluie, interrompant brutalement les cours.
« Nous avons peur à chaque orage. Les enfants doivent sortir de la classe quand la pluie menace », témoigne une enseignante d’une école de périphérie.
Face à cette situation préoccupante, le chef de l’exécutif régional a convoqué un Comité régional de développement (CRD) afin de mobiliser tous les acteurs autour de solutions durables pour améliorer les conditions de la rentrée.
Une mobilisation communautaire exemplaire
Mais à Sédhiou, la solidarité compense souvent le manque de moyens. La COSYDEP (Coalition des Organisations en Synergie pour la Défense de l’Éducation Publique) a pris les devants en organisant une journée de désherbage et de nettoyage à l’école maternelle de Santossou, avec l’appui du conseil communal de la jeunesse, du centre pour adolescents et de l’association des parents d’élèves. Grâce à cette mobilisation, l’établissement est désormais prêt à accueillir enseignants et potaches.
La même effervescence est visible au collège communal Mamadou Mané Bâ, où parents d’élèves et jeunes du quartier ont retroussé leurs manches pour les derniers aménagements. « Tout est en place pour un bon démarrage », assure le principal sortant, Waly Samb.
Au lycée Ibou Diallo, le ton est à l’optimisme : salles désinfectées, cour désherbée, environnement propre. « Le cadre est accueillant, nous attendons seulement les réfections promises par la direction des constructions scolaires », indique le censeur des études.
Une rentrée sous le signe de l’espoir
Entre précarité des infrastructures et détermination communautaire, la rentrée scolaire à Sédhiou incarne la résilience d’une région décidée à faire de l’éducation une priorité, malgré les caprices du ciel.
L’hivernage n’aura pas eu raison de la volonté collective : à Sédhiou, la pluie peut retarder les cours, mais jamais l’espoir d’un avenir meilleur.

