Dakar. Les discussions entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI) ont pris un tournant tendu depuis la dernière mission de l’institution à Dakar en août. En cause : une série de mesures correctrices proposées par Edward Gemayel, chef de mission du FMI, que les autorités sénégalaises jugent trop contraignantes.
Quatre mesures au cœur du bras de fer
Selon Jeune Afrique, le FMI a formulé quatre recommandations clés :
- La centralisation des fonctions de gestion de la dette, aujourd’hui éclatées entre plusieurs institutions.
- La mise en place d’une base de données centralisée de la dette, afin d’améliorer la transparence et la fiabilité des chiffres.
- Le renforcement du contrôle des engagements budgétaires, pour éviter les dépassements et les dépenses hors budget.
- La consolidation progressive des comptes publics sous le Compte unique du Trésor, une réforme structurelle destinée à rationaliser la gestion financière de l’État.
Ces mesures visent, selon le FMI, à corriger les failles mises en lumière par les « déclarations erronées » sur la dette, reconnues par le Premier ministre Ousmane Sonko.
Un climat de méfiance
Si le FMI insiste sur la nécessité d’assainir les finances publiques et de renforcer la gouvernance budgétaire, Dakar redoute que l’application stricte de ces recommandations n’entrave sa marge de manœuvre politique et sociale. « Ces mesures peuvent fragiliser notre souveraineté financière et ralentir la mise en œuvre des réformes prioritaires », confie un proche du gouvernement.
De leur côté, les experts du FMI estiment que sans discipline budgétaire, la confiance des bailleurs et des investisseurs pourrait être compromise, au risque d’accentuer les tensions sur la dette publique.
Des négociations sous pression
Au-delà de la technique, c’est aussi le contour du futur programme entre le Sénégal et le FMI qui reste flou. Le gouvernement sénégalais, engagé dans des projets structurants via l’Agenda National de Transformation, cherche à conserver une flexibilité financière, tandis que le FMI pousse pour un cadre strict de discipline budgétaire.
Les discussions devraient se poursuivre dans les prochaines semaines, mais la méfiance semble s’installer. Entre impératif de rigueur financière et nécessité de soutenir la croissance et la cohésion sociale, Dakar marche sur une ligne de crête délicate.

