Un chantier censé doter le stade municipal de Grand-Yoff d’une tribune moderne s’est transformé en véritable casse financier. Plus de 206,5 millions FCfa, destinés à la construction de l’ouvrage, se sont volatilisés, laissant derrière eux une infrastructure invisible et deux entrepreneurs dans la tourmente judiciaire.
Une promesse sportive devenue cauchemar financier
En 2023, la municipalité de Grand-Yoff lance un projet ambitieux : ériger une tribune flambant neuve pour soutenir le développement du sport local. Budget alloué : 222 millions FCfa. Mais derrière l’enthousiasme, un scénario aux allures de film noir va se dessiner.
La plainte déposée le 17 mai 2025 par Malick Ba, directeur du stade, met le feu aux poudres. Les investigations confiées à la Brigade de recherches de Faidherbe lèvent rapidement le voile sur un montage frauduleux orchestré avec minutie.
Des chèques, de faux documents et une mise en scène internationale
Le contrat est signé en février 2023 avec deux entrepreneurs, Dame Lô et Thiendella Fall. Un premier acompte de 115 millions FCfa est versé, censé lancer les travaux. Mais rien ne sort de terre.
Pour obtenir un second décaissement, de 51,5 millions FCfa, les mis en cause brandissent un connaissement falsifié. En mars 2024, ils redoublent d’audace : évoquant des difficultés d’approvisionnement en Italie, ils persuadent le directeur du stade de se rendre sur place. Un faux représentant du fournisseur étranger achève de convaincre Malick Ba de la bonne foi du duo. Résultat : un troisième versement de 40 millions FCfa est effectué, toujours sans livraison.
206,5 millions engloutis pour une tribune qui n’existe pas
Au terme de leur enquête, les gendarmes établissent que 206,5 millions FCfa ont été encaissés grâce à une série de faux documents, dont un avis de virement bancaire falsifié. Seuls 11 millions restaient à décaisser.
Face aux enquêteurs, Dame Lô admet avoir perçu l’argent, rejetant la faute sur des retards de fournisseurs. Son associé Thiendella Fall reconnaît son rôle d’intermédiaire, tout en niant avoir eu connaissance des falsifications.
L’épilogue judiciaire d’une escroquerie
Malgré plusieurs délais et tentatives de règlement amiable, aucune tribune n’a jamais été construite. La patience des autorités locales finit par s’épuiser. Le vendredi 19 septembre 2025, les deux entrepreneurs sont déférés au parquet pour abus de confiance et usage de faux.
Dans les rues de Grand-Yoff, la colère est palpable : au lieu d’un stade rénové, les habitants n’ont hérité que d’une désillusion amère et d’un nouveau symbole de la mauvaise gouvernance.

