Alors que le président Alassane Ouattara a confirmé fin juillet sa candidature controversée pour un quatrième mandat consécutif, la Côte d’Ivoire se trouve plongée dans une période de forte instabilité politique dont les répercussions macroéconomiques pourraient être lourdes, tant pour le pays que pour l’ensemble de la sous-région ouest-africaine.
La mobilisation massive de l’opposition, qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes à Abidjan le 9 août, traduit une fracture profonde dans la société ivoirienne. Cette contestation s’exprime notamment contre la radiation des principaux leaders de l’opposition – Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam et Charles Blé Goudé – exclus de la présidentielle d’octobre 2025, renforçant un climat de tension politique exacerbée par des mesures judiciaires perçues comme ciblées.
Une instabilité qui pèse sur la dynamique économique
Au-delà du jeu politique, cette crise intervient alors que la Côte d’Ivoire demeure la locomotive économique de l’UEMOA, région qui représente près de 120 millions d’habitants. La croissance ivoirienne, attendue à 6,4 % en 2025 selon la Banque africaine de développement, repose sur des piliers solides : la production mondiale de cacao (environ 40 %), un secteur agricole dynamique, des infrastructures portuaires et routières stratégiques, ainsi qu’un secteur bancaire en expansion.
Cependant, le regain des tensions politiques expose le pays à plusieurs risques macroéconomiques :
- Réduction des investissements étrangers, freinés par l’incertitude sur le climat des affaires et la stabilité politique.
- Perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, avec des possibles blocages ou ralentissements liés à des mouvements sociaux.
- Renchérissement du coût du crédit et volatilité sur les marchés financiers locaux, impactant les capacités d’endettement de l’État et des entreprises.
- Risques d’aggravation de la pauvreté et des inégalités, susceptibles d’alimenter l’instabilité sociale.
Un effet domino régional
La portée de cette crise dépasse les frontières ivoiriennes. En effet, la Côte d’Ivoire joue un rôle central dans la stabilité économique et politique de l’Afrique de l’Ouest. En tant que hub commercial et financier, elle facilite les échanges dans l’espace UEMOA et influence directement les économies voisines.
Toute déstabilisation prolongée pourrait donc avoir un effet domino : ralentissement économique, hausse du chômage, dégradation de la sécurité et flux migratoires vers les pays limitrophes. La région, confrontée déjà à des défis sécuritaires et économiques, ne pourrait se permettre un nouveau foyer d’instabilité.
Vers une sortie de crise indispensable
L’opposition ivoirienne, à travers ses manifestations pacifiques, appelle à un dialogue politique pour éviter « d’aller dans le mur », selon les mots de Noël Akossi Bendjo, vice-président du PDCI. De leur côté, les autorités maintiennent leur position, appuyées par une interprétation du Conseil constitutionnel qui valide la candidature d’Alassane Ouattara malgré la limite constitutionnelle des deux mandats.
Face à ce dilemme, la communauté internationale, notamment l’Union européenne et les institutions financières, presse pour un apaisement rapide afin de préserver la stabilité macroéconomique et éviter une crise majeure.
La trajectoire politique ivoirienne des prochains mois déterminera non seulement l’avenir du pays, mais aussi celui de toute une région qui dépend de son équilibre pour espérer un développement durable et partagé.

