Le malaise grandit dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) au Sénégal. Confrontés à une crise sans précédent, entre paiements retardés, chantiers à l’arrêt et raréfaction des marchés publics, de nombreux entrepreneurs envisagent désormais une issue radicale : quitter le pays pour aller chercher des opportunités ailleurs en Afrique.
C’est Oumar Ndir, président du Syndicat professionnel des Entrepreneurs de Bâtiments et Travaux publics du Sénégal (SPEBTPS), qui l’a révélé dans l’édito du second numéro du bulletin mensuel de son organisation.
« La plupart des dirigeants du BTP avec lesquels nous avons échangé récemment nous ont fait part de la nécessité de chercher des débouchés en dehors des frontières nationales : autrement dit, de délocaliser tout ou partie de leur activité ailleurs en Afrique », a-t-il confié.
Une envie d’ailleurs nourrie par le désenchantement
Cette volonté d’expatriation économique traduit un profond désenchantement. Après des années d’euphorie dues aux grands projets d’infrastructures de l’État, la conjoncture a brutalement ralenti. Le secteur, autrefois locomotive de la croissance, se trouve désormais fragilisé par des dettes impayées, la baisse des investissements publics et une morosité économique persistante.
Face à cette impasse, certains regardent du côté des pays voisins.
« Les performances économiques de nombreux États africains frères, qui semblent avoir trouvé la recette pour doper leur croissance tout en multipliant les réalisations d’infrastructures, suscitent beaucoup d’intérêt », note Oumar Ndir.
Des destinations comme la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Ghana ou encore le Rwanda attirent particulièrement les entrepreneurs sénégalais, séduits par la stabilité politique et la vigueur des programmes d’aménagement.
“Ne pas céder à la fuite”
Toutefois, le président du SPEBTPS appelle à la prudence.
« Cette envie d’export, bien que légitime, ne doit pas nous conduire à prendre des décisions hâtives et encore moins à envisager de quitter le Sénégal », tempère-t-il.
Oumar Ndir se veut optimiste et croit en un prochain rebond économique. Il souligne notamment que la tenue du Forum Invest in Sénégal 2025 (Fii Sénégal) a prouvé que le pays « intéresse encore au plus haut point » les investisseurs étrangers.
« Le Forum a démontré la confiance internationale dans notre économie. Le secteur du BTP doit rester résilient et déterminé à relever le pari de la construction nationale », martèle-t-il.
Un secteur entre espoir et incertitude
Malgré cet appel à la patience, le moral des entreprises reste bas. Les retards de paiement de l’État, la hausse du coût des matériaux et la concurrence étrangère mettent à rude épreuve la trésorerie des PME locales. Beaucoup redoutent un effondrement du tissu entrepreneurial national si des mesures urgentes ne sont pas prises.
Dans ce contexte, le cri du cœur d’Oumar Ndir sonne comme un avertissement : si rien ne change, le Sénégal risque de voir ses meilleurs bâtisseurs construire ailleurs.

