Le débat sur la gestion des ressources pétrolières du Sénégal refait surface. Invité de l’émission Seneweb Éco ce dimanche 5 octobre 2025, le Dr Fall Mbaye, directeur général de l’Institut national du pétrole et du gaz (INPG), a plaidé pour une relecture des contrats pétroliers hérités de l’ancien code pétrolier et une consolidation du raffinage national, deux leviers qu’il juge essentiels pour garantir la souveraineté énergétique du pays.
Revaloriser les contrats hérités de l’ancien code
Selon Dr Mbaye, une grande partie des accords d’exploration et de production actuellement en vigueur ont été signés sous l’empire du code pétrolier de 1998, une législation jugée peu favorable à l’État sénégalais.
« Quand on prend 100 dollars, 75 % sont absorbés par les coûts de développement. L’État se partage les 25 % restants avec l’opérateur », a-t-il expliqué, soulignant la faiblesse du cadre contractuel de l’époque.
Mais depuis l’adoption du nouveau code pétrolier en 2019, le modèle de répartition a été profondément revu. « L’État a pris l’option de ne plus partager un pourcentage fixe. Désormais, il bénéficie d’un bénéfice pétrolier progressif, c’est-à-dire que plus la production augmente, plus la part de l’État croît », a précisé le directeur de l’INPG.
Ce mécanisme, qualifié de plus équitable et protecteur des intérêts nationaux, doit selon lui être pleinement appliqué à travers une revalorisation des contrats existants. « C’est pour cela qu’on dit que le nouveau code est plus avantageux que l’ancien », a-t-il insisté.
La SAR, pilier stratégique de la souveraineté énergétique
Au-delà de la question contractuelle, Dr Fall Mbaye a mis un accent particulier sur le rôle stratégique de la Société africaine de raffinage (SAR) dans la politique énergétique du Sénégal.
« Sans la SAR, l’économie du pays ne peut pas tourner », a-t-il affirmé, rappelant que la structure demeure un maillon essentiel dans la transformation du brut en produits finis, indispensables à l’activité économique nationale.
Le projet « SAR 2.0 », actuellement en cours, vise à moderniser et étendre la capacité de raffinage afin de couvrir la totalité de la consommation intérieure, estimée à trois millions de tonnes par an, tout en ouvrant la voie à l’exportation vers les pays de la sous-région.
« La SAR est dans un processus d’expansion pour non seulement satisfaire la demande nationale, mais aussi positionner le Sénégal comme un acteur régional du raffinage », a-t-il souligné.
Un cap clair vers la souveraineté énergétique
Pour Dr Mbaye, l’enjeu dépasse la simple rentabilité économique : il s’agit d’une question de souveraineté.
La combinaison entre une meilleure gouvernance des contrats pétroliers et un renforcement de la chaîne de valeur locale, notamment à travers la SAR, représente selon lui la voie à suivre pour que le Sénégal tire pleinement profit de ses ressources naturelles.
« Le pétrole ne doit pas être une malédiction, mais un levier de développement durable. Cela passe par des contrats justes et une industrie nationale forte », a conclu le patron de l’INPG.
Un message clair, à l’heure où le pays s’apprête à franchir une nouvelle étape dans l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières.

